Carnets de notes

Benjamin Deroche

Le sens du calme

« Pour le photographe que je suis,
avoir la possibilité de capter et de figer
une part de la mémoire de ce château
est une chance mystérieuse.

Je dis mystérieuse car en le découvrant en 2013, j’ai de suite compris que j’aurais plaisir à me laisser dépasser par la force des lieux, qu’il n’y aurait pas à tricher pour exprimer sa beauté.
Calon Ségur est une saison, ou plutôt toutes les saisons à la fois. J’aime les froids qui arrivent tard, j’aime les étés qui explosent et étalent les lumières trop blanches, j’aime les agitations brumeuses de l’automne et les attentes tièdes du printemps. J’ai trouvé cela à chaque passage, le marquage des temps étant également celui des hommes et des femmes qui font circuler l’énergie du domaine.

Pendant mes photographies
j’ai souvent choisi de me perdre
au milieu des vignes,
de marcher sous la pluie et le soleil mêlés,
avec toujours en ligne de mire ce château allongé,
solide clarté de pierre qui émerge, inattendu.

Au-dedans, dans le silence des lieux vidés, avant toute action de l’homme pour lui rendre sa jeunesse, j’avais trouvé la force d’un lieu que je savais vivant, tant les lumières et les sons qui l’envahissaient sous mes pas frappaient le contour des choses. De pièces en pièces, de couloirs en couloirs, j’avais vaguement l’impression d’un dialogue dont je ne saisissais pas au départ les propos. Puis, à y revenir, régulièrement, succinctement, j’ai compris que le château était à lui seul une cinquième saison, et que ce qu’il offrait à mes yeux était la possibilité de se transformer en souvenir photographique. Je me rappellerai des lumières aveuglantes aux fenêtres et des bruits du parquet, je me souviendrai de sa terre vallonnée et des senteurs multiples de son vin.


Et dans mon simple hommage photographique, je rejoins ceux qui le pensent unique, car en y puisant l’inspiration, il me semble souvent que, plus que tout autre, son âme n’a pas de rivale... »